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Rosalind McKever. Objects of Experimentation: Boccioni and Picasso

Umberto Boccioni Unique Forms of Continuity in Space

Umberto Boccioni, Unique Forms of Continuity in Space, 1913 (cast c.1950), Bronze, 121.3 x 88.9 x 40 cm. New York, Metropolitan Museum of Art. 1990.38.3 © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA

Au printemps 1914, Umberto Boccioni écrit dans une lettre à Roberto Longhi que Picasso doit « balayer ses humbles objets d’expérimentation », mécontent de l’influence de ses collages, pipes, bouteilles, guitares et verres. À cette période, Picasso produisait ses six moulages du Verre d’absinthe, une sculpture intimement liée au Développement d’une bouteille dans l’espace de Boccioni, exposée à Paris l’année précédente. Cependant, la Bouteille de Boccioni était elle-même redevable à la nature morte figurant à l’arrière-plan du portrait de Daniel-Henry Kahnweiler par Picasso (automne 1910). Cette intervention traite de l’influence mutuelle entre Boccioni et Picasso, en tant que peintres-sculpteurs, à la fois dans les années 1910 puis à partir de 1927, alors que les « objets d’expérimentation » de Boccioni sont détruits, soit onze années après sa mort en 1916.

Parmi les œuvres de Boccioni envoyées dans une décharge à Milan, seule la Bouteille a survécu. Partiellement reconstituée, elle fut fondue en bronze en 1931, 1935, 1950 et 1960. Quelques plâtres de l’artiste futuriste lui survécurent aussi, dont Formes uniques de la continuité en espace (1913) et Antigracieux (1912-1913), et furent également fondus en bronze. Les moulages de Formes uniques en même temps que ceux de la Bouteille donnèrent lieu à des surmoulages en 1972. Antigracieux ne fut tiré en bronze qu’en 1950, avec un exemplaire unique.

Les différences entre les moulages sont des indicateurs d’un changement de réputation des œuvres de Boccioni après sa mort. Il a été suggéré, mais non confirmé, que les pratiques de moulage de Picasso avaient affecté les décisions concernant les éditions de bronzes de Boccioni, particulièrement dans l’après-guerre. Cet article retrace les étapes des moulages, des différentes collections, des expositions et des publications des bronzes de Boccioni par rapport aux sculptures de Picasso dont la notoriété augmentait, permettant un éclairage aussi bien sur les aspects techniques, que sur le marché de l’art ou les théories d’histoire de l’art.

S’appuyant sur de nouvelles archives et recherches scientifiques, exploitées en parallèle de la chronologie des sculptures de Picasso et de l’intérêt que l’exposition parisienne accorde aux séries, fontes et reproductions, cette intervention apporte une dimension nouvelle à la relation sculpturale de Boccioni et de Picasso.

In spring 1914 Umberto Boccioni wrote in a letter to Roberto Longhi that Picasso should “sweep away his humble objects of experimentation”, unhappy with the influence of his collage and sculpture pipes, bottles, guitars and glasses. At this time Picasso was producing his six casts of Glass of Absinthe, a sculpture closely related to Boccioni’s own Development of a Bottle in Space, exhibited in Paris the previous year. However, Boccioni’s Bottle was itself indebted to the still life in Picasso’s Portrait of Daniel-Henry Kahnweiler (autumn 1910). This paper looks at the dance of influence between Boccioni and Picasso as painter-sculptors, both in the 1910s and after Boccioni’s “objects of experimentation” were swept away in 1927—eleven years after the Italian Futurist’s death—when the majority of his sculptural oeuvre was destroyed.

Of the works sent to a Milanese dump, Boccioni’s Bottle was the only work to survive, albeit in reconstituted form, and it was cast in bronze in 1931, 1935, 1949 and 1960. Other surviving plasters by Boccioni, Unique Forms of Continuity in Space (1913) and Antigraceful (1912–13) were also cast in bronze, the former often alongside the Bottle with additional casts in 1972, and the latter as a unique bronze in 1950. Variance in the castings indicate Boccioni’s changing posthumous sculptural reputation; it has been suggested, but not yet tested, that Picasso’s casting practices impacted decisions about the Boccioni bronzes, particularly in the post-war period. This paper maps key moments in the casting, collection, display and publication of Boccioni bronzes onto Picasso’s sculptures and their increasing prominence, allowing insight into technical, market and art historical aspects. Drawing on new archival and technical research into the creation of Boccioni’s sculptures, and their posthumous casting in bronze, recent work on the chronology of Picasso’s sculptural oeuvre and the Paris exhibition’s interest in series, casts and reproductions, this paper adds a new dimension to Boccioni and Picasso’s sculptural inter-relationship.

Rosalind McKever est historienne de l’art et conservatrice spécialisée en art italien du xxe siècle. Actuellement, Jane and Morgan Whitney Senior Research Fellow au Metropolitan Museum of Art à New York, elle écrit un livre sur les sculptures d’Umberto Boccioni. Précédemment, elle a enseigné l’histoire de l’art moderne à l’université de Sussex, UK, et a travaillé pour la National Gallery, à Londres. Son doctorat, soutenu à l’université de Kingston, Londres, en collaboration avec l’Estorick Collection of Modern Italian Art, portait sur les relations entre futurisme, passé et histoire de l’art. Elle a publié sur l’art moderne italien, et plus récemment : « Benedetta Marinetti’s role in the Postwar Market for Umberto Boccioni’s Sculptures » pour le Getty Research Journal, 2016, et « On the Uses of Origins for Futurism » pour Art History, 2016 ; elle a contribué à l’essai « Sopravvivenza e fortuna delle sculture di Boccioni negli Stati Uniti » pour le catalogue d’exposition Umberto Boccioni : Genio e Memoria au Palazzo Reale, à Milan, 2016, et codirigé l’ouvrage Revival: Memories, Identities, Utopias pour le Courtauld Books Online en 2015. Depuis 2014, elle a également écrit plusieurs articles sur Umberto Boccioni, Alberto Burri et Luisa Casati pour le magazine Apollo.

osalind McKever is an art historian and curator specializing in twentieth-century Italian art. She is currently a senior research fellow at the Metropolitan Museum of Art writing a book on the sculptures of Umberto Boccioni. She was formerly a lecturer in modern art at the University of Sussex, UK, and has previously worked for The National Gallery, London. She received her PhD, on the topic of Futurism’s relationship with the past and art history from Kingston University, in a collaborative programme with the Estorick Collection of Modern Italian Art. She has published widely on modern Italian art in books, journals and magazines. Her recent articles include “Benedetta Marinetti’s role in the Postwar Market for Umberto Boccioni’s Sculptures” for the Getty Research Journal, 2016 and “On the Uses of Origins for Futurism” for Art History, 2016; she contributed the essay “Sopravvivenza e fortuna delle sculture di Boccioni negli Stati Uniti” to the exhibition catalogue Umberto Boccioni: Genio e Memoria (Milan: Palazzo Reale) in 2016; she co-edited Revival: Memories, Identities, Utopias for Courtauld Books Online in 2015. Since 2014 she has also written several articles on Umberto Boccioni, Alberto Burri and Luisa Casati for Apollo magazine.

Les resumés de chaque intervention