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Anna Rosellini. Les sculptures en béton de Picasso

Pablo Picasso, Carl Nesjar Buste de Sylvette

Pablo Picasso, Carl Nesjar, Buste de Sylvette, 1968. University Plaza, New York (arch. Pei & Associates) © Massachusetts Institute of Technology /photograph by G. E. Kidder Smith © Succession Picasso, 2016

Au début des années 1930, Picasso commence à expérimenter des sculptures exécutées en plâtre ou en argile pour ensuite les fondre en bronze. Picasso associe le modelé traditionnel de la matière, exécuté avec les mains ou des spatules, à de véritables empreintes produites sur le plâtre par divers matériaux. Les empreintes créent l’effet d’un assemblage de pièces, bien que Picasso manipule un unique bloc de plâtre. Ce genre de sculptures ouvre le chapitre fondamental du rôle des empreintes dans la sculpture d’un matériau unique et de l’exploration des processus de fabrication des œuvres. Après la rencontre avec Le Corbusier sur le chantier de l’Unité d’habitation à Marseille, Picasso commence à explorer l’utilisation du béton, sous la forme technique de la « bétogravure », conçue par Carl Nesjar et consistant à graver la surface du béton pour en faire ressortir les agrégats. Le moule, typique de la technique sculpturale traditionnelle, mis à point à travers les siècles depuis les sculptures en terre cuite, en plâtre ou en stuc, devient une boîte faite de planches de bois montées comme dans les coffrages utilisés en architecture. L’article vise à analyser la signification donnée par Picasso au béton, en essayant de la relier avec les expériences architecturales, marquées à la fois par les ruines des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, avec leurs carcasses de bâtiments en béton armé visibles et exposées aux intempéries, et par les grands travaux de la reconstruction dans lesquels le béton armé est le matériau privilégié, mis en œuvre selon les différents contextes de production et économique. Une étude de la relation entre les techniques utilisées par Picasso et Nesjar, et celles développées dans les chantiers d’architecture, nous permet de constater comment la matière et la technique ont rapproché architecture et sculpture pendant les années 1950 et 1960, sans pour autant confondre leurs spécificités, et en produisant ce qu’on pourrait appeler une synthèse des arts à vocation technique.

From the beginning of the 1930s, Picasso began to experiment with sculptures executed in plaster or clay and then cast in bronze. Picasso combines the traditional modelling of matter, executed with hands or spatulas, with real imprints produced on plaster by various materials. The imprints create the effect of an assembly of parts, although Picasso manipulates a single block of plaster. This kind of sculpture opens the fundamental chapter of the role of imprints in the sculpture made with a single material. The series of this kind of sculptures is a fundamental chapter in the exploration of the processes of making works. After the meeting with Le Corbusier at the Unité d’Habitation in Marseille, Picasso began to explore the use of concrete in the technical form of “bétogravure”, invented by Carl Nesjar and consisting of engraving the surface of the concrete to bring out the aggregates. The mould, typical of the traditional sculptural technique, developed throughout the centuries from the sculptures of terracotta, plaster or stucco, becomes a box made of planks of wood mounted as in the formwork used in architecture. The article aims to analyse the meaning given by Picasso to concrete, trying to connect it with architectural experiments, which are marked both by the ruins of World War II bombings, with the carcasses of visible reinforced concrete buildings, and by the major reconstruction works in which reinforced concrete is the preferred material, implemented according to different production and economic contexts. A study of the relationship between the techniques used by Picasso and Nesjar and those developed in the works of architecture allow us to see how matter and technique have combined architecture and sculpture during the 1950s and 1960s without confusing their specificities and in producing what might be called a synthesis of the arts with a technical vocation.

Anna Rosellini a obtenu un diplôme en architecture à l’université IUAV de Venise en 2003 et le diplôme de master européen en histoire de l’architecture à l’université de Rome 3 en 2004. En 2008, elle a complété le doctorat en histoire de l’architecture auprès de l’École des hautes études de Venise (SSAV). De 2009 à 2015, elle a mené des recherches à l’École polytechnique fédérale de Lausanne. Depuis 2015, elle est chercheur à l’université de Bologne (Section Co. Me., département des arts) et chargé de cours à l’École d’architecture de Marne-la-Vallée. Parmi ses publications : Le Corbusier. Béton Brut and Ineffable Space, 1940-1965. Surface Materials and Psychophysiology of Vision (EFPL Press, 2011), avec Roberto Gargiani ; Le Corbusier e la superficie, dal rivestimento d’intonaco al béton brut (Aracne, 2013) ; Louis I. Kahn, Towards the Zero Degree of Concrete, 1960-1974 (EFPL Press, 2014) ; « Robert Smithson et la nature du béton : “ruin in reverse”, “de-architectured project”, Concrete Pour » (article, 2015) ; Observations à propos de la phénoménologie de l’espace : transformations du moulage en béton, de Nauman à Whiteread (article, 2016).

Anna Rosellini obtained a degree in Architecture from the IUAV University of Venice in 2003 and a Master’s Degree in Architecture History from the University of Rome 3 in 2004. In 2008, she completed her PhD in History of Architecture at the School of Higher Studies of Venice (SSAV). From 2009 to 2015, she conducted research at the Swiss Federal Institute of Technology of Lausanne. Since 2015, she has been assistant professor at the University of Bologna (Section Co.Me., Department of Arts) and lecturer at the School of Architecture of Marne-la-Vallée. Among her publications: Le Corbusier. Béton Brut and Ineffable Space, 19401965. Surface Materials and Psychophysiology of Vision (with Roberto Gargiani, 2011); Le Corbusier e la superficie, dal rivestimento d’intonaco al béton brut (2013); Louis I. Kahn, Towards the Zero Degree of Concrete, 19601974 (2014); “Robert Smithson et la nature du béton: ‘ruin in reverse’, ‘de-architectured project’, Concrete Pour” (2015); “Observations à propos de la phénoménologie de l’espace: transformations du moulage en béton, de Nauman à Whiteread” (2016).

 

Les resumés de chaque intervention