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Silvia Loreti. Unique Multiples: the Translation of the Boisgeloup Plasters in Cement and Bronze

Herbert List Picasso with Bust of a Woman

Herbert List, Picasso with Bust of a Woman, 1931 (Musée national Picasso - Paris), photographed in Picasso’s studio at 7, rue des Grands-Augustins, 1944. © Herbert List/Magnum Photos

À la suite de ses expérimentations avec des objets trouvés et des constructions en carton et en métal, Picasso revint dans les années 1930 à une sculpture paraissant initialement plus traditionnelle. Dans son nouvel atelier de sculpteur au château de Boisgeloup, Picasso modela des formes féminines en plâtre qu’il fît, par la suite, couler en ciment et en bronze. Ces sculptures combinent des notions établies de sculpture (modelage et moulage) avec une réinvention de certains matériaux et processus traditionnels (utilisation d’objets trouvés comme armatures, moules et en assemblage ; plâtres comme produits finis ; emploi du ciment ; moulages uniques). S’appropriant la longue tradition de la sculpture, les œuvres de la période de Boisgeloup ont contribué au changement profond de la sculpture au xxe siècle.

L’utilisation du plâtre, du ciment et du bronze dans les années 1930 est analysée en lien avec les idées de Rodin, Rosso et des surréalistes sur les matériaux et les techniques traditionnels, avec une nouvelle vision photographique de la sculpture. Tout d’abord, l’importance du plâtre dans la théorie moderniste permit à Picasso de recréer, dans l’intimité de son atelier, l’atmosphère sacrée de la statuaire grecque ancienne, comme en témoignent les photographies de l’atelier. Puis, en 1937, il décida de faire mouler les plâtres de Boisgeloup en ciment afin de les exposer, avec Guernica, dans le pavillon espagnol à l’Exposition universelle de Paris. Le ciment, alors strictement associé à l’architecture moderne et à un idéal moderniste de solidité fluide, était le matériau à même de conjuguer le panthéon privé de l’artiste avec son engagement politique pour la défense de la démocratie. Enfin le bronze – au statut ambigu à cette époque car associé à la statuaire d’État et à une vision officielle de l’histoire – offrit à Picasso la possibilité de créer une unité à la fois visuelle et symbolique entre les différents matériaux constituant les plâtres originaux et lui permit de transformer ses sculptures en armes de résistance pendant l’Occupation.

Cette intervention montre que les matériaux utilisés par Picasso, ainsi que la photographie, servirent non seulement à faire connaître et à préserver les sculptures de Boisgeloup mais également à expérimenter leurs effets esthétiques et politiques, en transformant radicalement une tradition artistique millénaire.

Silvia Loreti est chercheuse et conservatrice indépendante. Elle a été assistante conservatrice au MoMA, travaillant sur l’exposition « Picasso Sculpture ». Elle a obtenu son doctorat du Courtauld Institute de Londres sous la direction de Christopher Green. Elle a été également chercheuse associée au Centre pour l’étude du surréalisme et son héritage (universités de Manchester, université d’Essex et Tate Modern) et lauréate d’une bourse postdoctorale au IMT, École d’études avancées de Lucca. Elle a contribué aux expositions « Une moderne antiquité : Picasso, de Chirico, Leger, Picabia » (Getty Los Angeles et musée Picasso Antibes, 2011-2012), « Narcissus Reflected » (Fruitmarket Gallery, Édimbourg, 2011) et « La Ville magique » (LaM, Lille, 2012).

Silvia Loreti is an independent scholar and curator. She was Assistant Curator at the MoMA, where she worked on the exhibition Picasso Sculpture. She received her PhD from The Courtauld Institute of Art under the supervision of Christopher Green. She was Research Associate at the Centre for the Study of Surrealism and its Legacies (University of Manchester, University of Essex and Tate Modern), and Postdoctoral Fellow at IMT School of Advanced Studies Lucca. She worked on the exhibitions Antiquity Made Modern: Picasso, de Chirico, Léger, Picabia and the New Classicism (Getty, Los Angeles and Musée Picasso Antibes, 2011–12), Narcissus Reflected (Fruitmarket Gallery, Edinburgh, 2011) and La Ville magique (LaM, Lille, 2012).